Joseph II, Holy Roman Emperor (1741 - 1790)
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Joseph II (empereur des Romains)
Portrait de Joseph II
Portrait de Joseph II
Titre
Archiduc d'Autriche
Roi de Hongrie et de Bohême
29 novembre 178020 février 1790
(9 ans, 2 mois et 22 jours)
Prédécesseur Marie-Thérèse
Successeur Léopold II
Empereur des Romains
18 août 176520 février 1790
(24 ans, 6 mois et 2 jours)
Prédécesseur François Ier
Successeur Léopold II
Roi de Germanie
27 mars 176420 février 1790
(25 ans, 10 mois et 24 jours)
Couronnement 3 avril 1764
Prédécesseur François Ier
Successeur Léopold II
Biographie
Dynastie Maison de Habsbourg-Lorraine
Nom de naissance Joseph Benedikt August Johannes Anton Michael Adam de Habsbourg-Lorraine
Date de naissance 13 mai 1741
Lieu de naissance Vienne (Autriche)
Date de décès 20 février 1790 (à 48 ans)
Lieu de décès Vienne (Autriche)
Père François Ier du Saint-Empire
Mère Marie-Thérèse d'Autriche
Conjoint Isabelle de Bourbon-Parme
(1760-1763)
Josépha de Bavière
(1765-1767)
Enfant(s) Marie-Thérèse d'Autriche
Marie-Christine d'Autriche

Joseph II de Habsbourg
Souverains du Saint-Empire

Joseph de Lorraine, en tant qu'empereur des Romains, Joseph II[1] (Vienne 13 mars 1741 – Vienne 20 février 1790), fils aîné de François de Lorraine, grand-duc de Toscane puis empereur des Romains[2], et de Marie-Thérèse d’Autriche, il succéda à son père comme empereur des Romains en 1765[3], et devint alors corégent des possessions héréditaires des Habsbourg ; il hérita de celles-ci en 1780 à la mort de sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse.

Joseph II se montra un souverain moderne et réformiste, bien que ses réformes, trop brutales, n'aient été ni comprises ni acceptées par ses sujets. Il s'allia à la Prusse et à l'Empire russe pour dépecer la Pologne (1772) et faillit déclencher une guerre européenne en 1778 en voulant s'emparer de la Bavière. Il tenta d'influencer le cours de la politique étrangère de la France en usant de son influence sur sa sœur Marie-Antoinette d'Autriche. Il essaya également de démembrer l’empire ottoman en s’alliant à l'Empire russe.

Éducation et caractère[modifier | modifier le code]

Des seize enfants du couple impérial, il fut le plus difficile à élever.
Enfant très attendu, né après trois filles, sa naissance fut accueillie avec joie par Marie-Thérèse qui fit peser sur lui d'immenses projets. Cependant, son père ne fut élu empereur que quatre ans plus tard et le petit descendant de tant d'empereurs souffrit d'être le fils d'un grand-duc de Toscane, ci-devant duc de Lorraine et de Bar en exil...

Un père jésuite lui enseigna la morale, le latin, les mathématiques et la stratégie militaire, tandis que le père Martini, son professeur de droit naturel, trouva en lui un étudiant intéressé par la physiocratie - une doctrine qui imprégna profondément son esprit en l'enthousiasmant pour les vues de son temps, les « droits d'homme » et le bien-être du peuple. Les « Lumières », incarnées par Voltaire et son royal disciple, Frédéric II lui firent aussi une forte impression.

Joseph regardait avec une impatience agacée les victoires de Frédéric II et son habileté à gouverner. Il entrevoyait là le but qu'il devait atteindre. Mais l'empire cosmopolite des Habsbourg-Lorraine, à l'équilibre fragile, exigeait beaucoup plus de nuances et de diplomatie que la Prusse paysanne et docile.

Un premier mariage[modifier | modifier le code]

Ducat d'or à l'effigie de Joseph II, 1787 : IOS. II D.G.R.I.S.A. (" Iosephus II Dei Gratia Romanorum Imperator Semper Augustus") (trad. : " Joseph II par la grâce de Dieu Empereur des Romains toujours auguste").

Pour consolider la nouvelle alliance avec la France signée en 1756, l'impératrice lui fit épouser en 1760, Isabelle de Bourbon-Parme (1741-1763), petite-fille de Louis XV, une jeune fille d'un esprit et d'une intelligence supérieurs, mais d'un tempérament mélancolique presque morbide.

« Tya-Tya », comme la surnomma affectueusement Joseph, fit la conquête de son mari, de sa belle-famille et de toute la cour de Vienne. Elle donna rapidement une fille à Joseph II, la petite Marie-Thérèse (1762-1770), mais mourut l'année suivante en mettant au monde une seconde fille, Marie-Christine, qui ne survécut pas. Joseph II restait donc sans postérité masculine.

Le second mariage[modifier | modifier le code]

Il en resta désespéré. Son devoir était d'assurer une postérité dynastique : il songea à la sœur de la défunte, mais celle-ci était déjà promise au prince des Asturies. Joseph dut alors se remarier en 1765 à Josépha de Bavière (1739-1767), qu’il rendit malheureuse par son indifférence allant jusqu'à faire séparer par un mur le balcon commun à leurs appartements et ne la visitant pas durant sa dernière maladie.

À la mort de celle-ci, Marie-Thérèse songea, toujours pour renforcer l'alliance française, à lui faire épouser la princesse Bathilde d'Orléans. Plus tard encore, il fut question d'une union entre l'empereur et la plus jeune sœur de Louis XVI ; mais ces deux projets firent long feu.

Sur le trône[modifier | modifier le code]

Portrait de Joseph II.

À partir de 1765 Joseph fut empereur du Saint Empire Romain Germanique[4] et corégent avec sa mère, mais il n'était chargé que de la représentation et des affaires militaires et exclu de la politique étrangère et des décisions politiques internes de l'empire. Finalement, plein de rancœur contre la manière dont sa mère lui liait les mains, il décida de voyager en Italie, en France et dans les terres de la Couronne. Par deux fois, il rencontra Frédéric II et la tsarine Catherine II en 1780. La même année, sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse, mourut. Il succède ainsi à sa mère en 1780 comme roi de Hongrie, titre qu'elle avait conservé.

Du 31 mai au 27 juillet 1781, il effectue un voyage dans les Pays-Bas autrichiens[5]. Il sera de retour à Vienne avant l'arrivée du couple de nouveaux gouverneurs, Marie-Christine et d'Albert de Saxe-Teschen[6] qui font leur Joyeuse entrée[7], à Bruxelles le 17 juillet 1781.

Austérité et réformes[modifier | modifier le code]

Baptisé par un historien d'« empereur révolutionnaire », l'œuvre réformatrice de Joseph II est énorme, il publia plus de 6000 décrets et 11000 lois en 10 ans[8]. Elle touche tous les domaines. Sitôt maître absolu, il voulut imposer ses réformes. D'abord religieuses, inspirées de l'Aufklärung, elles consistaient à soumettre l'Église à l'État : réduction du nombre de séminaires, suppression de congrégations et d'ordres contemplatifs jugés inutiles, tolérance à l'égard des chrétiens non catholiques… Ces réformes inquiétèrent si fortement le Saint-Siège que le pape Pie VI fit en personne le voyage depuis Rome pour inciter l'empereur à revenir sur ses intentions[9].

Parmi les autres réformes entreprises par ce roi inspiré par l'esprit des Lumières, il faut citer sa réforme territoriale de l'administration, la création d'un statut de la fonction publique réservée aux titulaires de titres universitaires et non plus à la noblesse du royaume, une réforme totale de l'enseignement imitée de Frédéric II, l'instauration d'un mariage civil, la suppression des jurandes, l'abolition du servage et des monopoles de vente seigneuriaux, la possibilité du rachat des corvées, l'accession à la propriété des paysans en tenure.

La réforme la plus audacieuse pour l'époque fut l'institution d'un impôt de quotité (par tête) payable par tous les propriétaires, sans exception, et basé sur un cadastre général. Joseph II entreprend donc de supprimer les privilèges de la noblesse et du clergé. Il sème le trouble dans la double monarchie. Ses successeurs reviendront sur la plupart en profitant de son décès le 19 février 1790, d'autant que la Révolution française inquiète de plus en plus l'élite autrichienne et que s'amorce une réaction contre les événements parisiens.

La politique impériale[modifier | modifier le code]

Statue de Joseph II à Uničov en République tchèque.

Joseph s'appliqua à réformer la jurisprudence impériale[9]. Mais les difficultés à l'intérieur et à l'extérieur refroidirent son enthousiasme. Il se voulait libéral, mais se montrait autoritaire si les intérêts des Habsbourg étaient en jeu ; il laissa le pouvoir impérial tomber au niveau des luttes d'intérêt entre princes allemands.

La politique ecclésiastique joua dans l'empire un rôle considérable. Joseph essaya de garantir la fidélité du clergé allemand aux princes. Il ressuscita des privilèges impériaux obsolètes, comme les Panisbriefe, pour s'assurer le soutien de ses partisans laïcs grâce à des rentes versées par les monastères impériaux. En détachant de grands évêchés comme Salzbourg et Passau la partie autrichienne de leurs territoires, il détacha plus encore les possessions autrichiennes des destinées de l'empire ; le vieux roi de Prusse Frédéric II, toujours soucieux de rabaisser la dynastie impériale à son profit, ne manqua pas de dénoncer l'arbitraire de cette décision, qui préparait selon lui la voie à la tyrannie.

Alors que la branche dynastique régnant sur le duché de Bavière voisin allait s'éteindre, Joseph eut le projet de l'échanger contre les Pays-Bas autrichiens, et recueillit l'accord de l'héritier des Wittelsbach. Un tel échange ne devait pas être en soi contraire aux intérêts allemands, mais il provoqua, par les manipulations de Frédéric II, la guerre de Succession de Bavière. L'Autriche n'obtint que le district de l'Inn avec la petite ville de Braunau sur Inn (où naîtra un siècle plus tard Adolf Hitler, pour cette raison autrichien et non allemand).

Joseph II fit tout son possible pour développer ses possessions au nord et à l'est, et faire ainsi de la Maison d'Autriche la puissance dominante d'Europe centrale. Il obtint un accroissement considérable de son territoire par le premier partage de la Pologne (1772) et conclut avec la Russie une alliance défensive, dont il espérait de larges gains de territoire à l'est ; cependant, au cours de la guerre austro-russe contre les Turcs (1788), et bien que l'armée de Joseph eût pris Belgrade, ce fut Catherine II qui recueillit les fruits de la campagne.

Article détaillé : Guerre russo-turque de 1787-1792.

Il détenait personnellement un douzième de la Société Charbonnière de la Barrette, dans le Borinage.

Les États des Habsbourg[modifier | modifier le code]

Joseph II (1771) par Joseph Hickel.

En politique intérieure, Joseph II chercha à réunir dans un même État, autrichien, la diversité culturelle et politique qui composait les possessions héréditaires des Habsbourg. Il ambitionna de fondre en une seule nation des peuples disparates : Allemands, Slaves, Hongrois, Belges, Luxembourgeois, Italiens. Dans la plus grande hâte et en tout lieu, il s'appliqua à faire table rase de tout ; Frédéric II disait de lui : « Il fait le deuxième pas avant le premier ».

Des historiens tel François Fejtö ont pu qualifier Joseph II de souverain « révolutionnaire »[10] car sa mère, l’impératrice, s’effrayait de tant de nouveautés, mais c’est oublier que Joseph II a violemment réprimé la révolution transylvaine de 1784 inspirée par les mêmes principes que la Révolution américaine, et que les décrets qu’il émet à l’issue de cet épisode visent en priorité à sauvegarder l’ordre établi, en limitant seulement les abus les plus criants[11]. Il suivait en cela la politique de sa mère qui n’avait recouru à des réformes que pour empêcher les désordres, même si Joseph qualifiait cela que « demi-mesures et incohérence » et même si Krones le décrit comme « enflammé par ses convictions »[12]. C’est surtout pour mieux les contrôler qu’il unifia l’administration de toutes les provinces au sein d’un conseil central établi à Vienne, et dont il devait être la tête, pendant qu’il abolissait leurs diètes ou les paralysait en les soumettant aux autorités exécutives provinciales. Et il avait beau se dire l’« ennemi de toute illégalité », il n’en prenait pas moins lui-même de nombreuses décisions qui auraient dû relever du gouvernement central de Vienne.

L’allemand devint la langue officielle de tous les pays soumis à sa loi[13]. La codification du droit civil et du droit pénal, commencée par sa mère en 1753, fut poursuivie, et une Ehepatent définit la nouvelle loi sur le mariage dans l'empire. Les cours de justice furent indépendantes et jugèrent de façon égalitaire les nobles et les paysans. La peine de mort fut abolie, tout comme le servage et le droit qu’avaient les nobles de punir leurs sujets ; la noblesse et le clergé furent soumis à l'impôt, créant ainsi à l'État de nouvelles sources de revenu. Joseph II abolit encore la censure et permit la liberté d'expression, dont Mozart fut un des premiers bénéficiaires. Cette mesure provoqua d'ailleurs une vague de pamphlets, à l'initiative surtout des milieux conservateurs religieux.

Cependant la brutalité des réformes entraîna partout des mécontentements, et les habitants des Pays-Bas autrichiens se révoltèrent d'abord en 1787 contre les édits relatifs à la religion, à l'administration et à la justice (révolution brabançonne) puis ouvertement en 1789 pour arriver à la création de l'éphemère république des États belgiques unis.

Un empereur mélomane[modifier | modifier le code]

De tous les Habsbourg, pratiquant tous un instrument, Joseph II fut l'un des plus férus de musique. Antonio Salieri fut son maître de chapelle et Directeur de l'opéra italien alors très en vogue, s'efforçant sans succès de faire une place à Mozart à qui l'empereur commanda en 1782, le premier opéra en langue allemande : Die Entführung aus dem Serail (L'Enlèvement au sérail). Amadeus, la pièce adaptée au cinéma par Miloš Forman, reprend une scène cocasse où l'empereur juge qu'un morceau de Mozart comprend « trop de notes ». Il n'en demeure pas moins que Mozart connut les largesses de l'empereur, et sa protection permit la représentation des Noces de Figaro, tiré pourtant de la pièce de Beaumarchais censurée en France. Mozart perdra un protecteur à la mort de Joseph II, dont le frère Léopold II préféra Cimarosa, beaucoup plus célèbre et auteur d'opéras napolitains adorés dans toute l'Europe. Joseph II était passionné d'opéra, il venait à tout moment voir les répétitions au Burgtheater, accompagnant au clavecin les chanteurs comme un professionnel et suggérant des thèmes, comme celui de Così fan tutte, à Da Ponte, son poète impérial.

Menant une vie austère et sans fastes, voyageant incognito sans protocole, Joseph II, par sa politique réformatrice et néanmoins absolutiste, est l'exemple parfait du « despote éclairé ». Il mourut en 1790, à quarante-neuf ans, dans la tristesse, sans postérité, totalement incompris, ayant fait l'unanimité contre lui, suivi sur le trône par son frère Léopold II, jusque-là grand-duc de Toscane.

Ascendance[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « Portrait peint par Anton von Maron (1733-1808) Musée du château de Versailles », sur www.larousse.fr (consulté en 11 octobre2010)
  2. Joseph, par la grace de Dieu, Empereur des Romains, toujours Auguste; Roi d'Allemagne, de Jerusalem, de Hongrie ... Par l'Empereur & Roi, étoit Signé, A. G. De Lederer [1]
  3. (fr) « Le règne des Habsbourg sur le Saint Empire Romain Germanique, sur l'Autriche, la Hongrie et la Bohême », sur www.sport-histoire.fr (consulté en 11 octobre2010)
  4. Le XVIIIè siècle, des Lumières à la Sainte Alliance, Péronnet, Hachette supérieur, 1998, 154/368
  5. Eugène Hubert : Voyage de l'Empereur Joseph II dans les Pays-Bas - Liège 1899
  6. Lettres patentes du 12 janvier 1781 de l'empereur Joseph II portant nomination de l'archiduchesse Marie-Christine et du duc Albert de Saxe-Teschen, son époux, come lieutenants, gouverneurs et capitaines généraux des Pays-Bas
  7. Lettres patentes du 2 mars 1781 de l'empereur Joseph II par lesquelles l'empereur donne plein pouvoir au duc Albert de Saxe-Teschen, pour, en son nom, prêter aux états des Pays-Bas et recevoir d'eux les serments accoutumés
  8. Le XVIIIè siècle des Lumières à la Sainte-Alliance, Péronnet, Hachette supérieur, 1998, 156/368
  9. a et b (fr) « Joseph II d'Autriche, Un réformateur pressé », sur euromed.forumsmaroc.com (consulté en 11 octobre2010)
  10. François Fejtö, Joseph II : un Habsbourg révolutionnaire, 1953.
  11. Comme le relate de « Mercure de France » de cette période : Corridors de miroirs - Google Book.
  12. Krones : « il voulait, dans une sorte de serre chaude faire venir au plus vite à leur maturité les réformes que sa mère n’avait que commencées ».
  13. Le français reste cependant la langue officielle dans les Pays-Bas autrichiens

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • François Fejtö, Joseph II, un Habsbourg révolutionnaire, Librairie académique Perrin, Paris, 1982.
  • Georges-Henri Dumont, Les origines religieuses de la révolution brabançonne, La Revue générale, juin-juillet 1989, Bruxelles, 1989.
  • François Bluche, Le Despotisme éclairé, Hachette, collection pluriel, Paris, 2000.
  • Hervé Hasquin, Joseph II, catholique anticlérical et réformateur impatient, Éditions Racine, Bruxelles, 2007.
  • Jean Bérenger, Joseph II d’Autriche, serviteur de l’État, Fayard, 624 pages, 2007.